Cette guerre est une folie

J’ai été choqué de voir que les frappes militaires ont commencé en Syrie avant la fin du deuil national.

Nous n’avions pas pleuré nos morts, nous avions à peine fini de les compter que déjà, nous partions en guerre.

Cette guerre est une folie.

Je ressens une peine indicible pour les gens qui sont morts. Mon cœur s’était déchiré en Janvier pour les victimes de Charlie Hebdo. Il saigne à nouveau. Et je reste hébété devant tant de violence.

Les hommes qui ont perpétré ces horreurs étaient nos compatriotes. Ils ont grandi dans notre pays. Ils y sont nés, y ont été enfants, adolescents… Ils ont fréquenté les mêmes écoles que nous. Ils ont côtoyé les mêmes institutions. Ils ont été nos voisins. Ils ont été les clients de nos commerces.

Ce qu’ont fait ces hommes est monstrueux.
Et pourtant, personne ne naît monstre.
Nous ne trouverons jamais la paix sans un nécessaire effort d’empathie pour nos bourreaux.
Ca sera dur. Et il est sans doute trop tôt.
Et pourtant, il faudra le faire.

Déshumaniser ces individus, c’est alimenter sans fin la colère qui coupe de la raison, qui fausse les jugements et défausse la République de sa responsabilité et donc du pouvoir de changer les choses.

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle laisser le « politiquement correct » dicter sa loi et cacher sa lâcheté derrière un écran de fausse tolérance ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle leur laisser entendre qu’ils seront changés en porcs ou en singes s’ils écoutent de la musique ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle leur laisser croire que certains de leurs frères doivent être haïs alors que l’équité a toujours été impossible ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle les laisser se méfier les uns des autres, vivre dans la peur de la différence et jouer de ces émotions par calcul politique ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle en laisser de côté, probablement privés de besoins essentiels et emplis d’une souffrance telle qu’ils en arrivent à mépriser la vie et nier leur propre existence au point de se faire exploser pour tuer ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle persister à leur faire croire qu’il faut posséder pour être heureux ? Que le bonheur se trouve à l’extérieur d’eux-mêmes, que s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils désirent, ils devront souffrir et qu’à contrario quand ils posséderont ce qu’ils veulent ardemment, ils ne souffriront plus ?

Comment une République qui aime ses enfants peut-elle conditionner la paix et l’harmonie entre les Hommes à une croissance économique illimitée, c’est à dire à une production chaque année accrue, une hérésie de la physique même puisque nos ressources sont limitées ?

La République, craignant que le peuple ne s’aperçoive que tout ceci n’est qu’une chimère, préfère éduquer les enfants des autres avec des bombes plutôt que les siens avec des mots et des livres.

Comment une République qui prône des valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité peut-elle aller dans le Monde entier imposer sa vision du bien et dicter ses valeurs par la force ?

Comment une République qui prône des valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité peut-elle être si peu congruente qu’elle fasse l’objet de tant de ressentiment à l’étranger, laissant grandir le monstre qui se nourrit de nos exclus pour les retourner contre nous ?

Cette guerre est une folie.

Elle n’est que l’expression d’un entêtement de la République à ne pas accepter sa responsabilité.
Sa responsabilité à l’intérieur du pays.
Sa responsabilité à l’extérieur du pays.
Il ne s’agit pas d’être coupable. Mais responsable.

Cette guerre est une folie.

Elle est un peu plus de la même chose qui a produit le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Comme ça n’a pas marché, elle prévoit de taper encore plus dur, encore plus fort, et encore, et encore.

Et les orphelins de nos bombes seront les tyrans de demain tandis que leurs bombes à eux sont sur les bancs de nos écoles.

La médecine occidentale soigne, à coups de produits chimiques et d’opérations, des symptômes, sans jamais s’occuper des causes.

La République « soigne » le terrorisme, à coups de bombes et de balles, comme un symptôme, sans jamais s’occuper des causes.

On nie les causes car il est beaucoup plus lucratif de vendre des médicaments et des armes que d’avoir des gens et un pays en bonne santé.
En cas de rechute, on se paiera le luxe de se soigner encore et encore, jusqu’à mourir.

Le seul motif valable pour faire une guerre, n’est pas et ne sera jamais les valeurs.
C’est l’argent.

On ne fait pas la guerre au nom de la Paix. Jamais.

Cette guerre est une folie.

Bien sûr, aujourd’hui, elle semble inévitable.
Tout a été fait pour qu’elle le soit.

Notre République se laisse conduire par des hommes dénués de toute sagesse qui se battent pour le profit. Des hommes sans honneur qui quittent la scène politique pour avoir fauté et reviennent aussitôt sans le moindre scrupule. Des hommes qui pactisent avec les dictateurs et s’en détachent au gré de leurs intérêts sans égard pour les populations. Des hommes, certes élus démocratiquement, mais qui n’ont aucune légitimité populaire et qui gouvernent sans le Peuple. Des hommes qui s’arrogent le pouvoir sans qu’aient pu s’exprimer les divergences par un juste compte des votes nuls.

Notre République est trahie et ses valeurs sont bafouées.

Et cette guerre est une folie, un prolongement de souffrances qui n’apaisera jamais les nôtres.

J’ai une peine immense quand je pense aux victimes de ces atrocités.

Si je ne craignais pas de les heurter, j’aurais envie de prendre dans mes bras chacun des proches des victimes de ces attentats, chacune des personnes qui pleurent un mort, chaque personne en France qui a peur ou qui est en colère, de les serrer contre moi et de leur glisser à l’oreille :

« Pardon. Je suis désolé. »

Si je ne craignais pas de les heurter, j’aurais envie de prendre dans mes bras chacun des survivants de nos guerres dans le monde ou de nos ententes minables avec les despotes, chacune des personnes qui ont perdu des proches, qu’ils soient coupables ou innocents, chaque enfant chez qui le nom « France » suscite de la peur ou de la colère, de le serrer fort, comme un enfant, et de lui dire :

« Pardon. Je suis désolé. »

S’il n’était pas trop tard, j’aurais envie de prendre dans mes bras tous les gens qui étaient encore vivants avant ces violences, ceux qui buvaient des coups en terrasse ou qui aimaient le rock, ceux avec qui j’aurais pu être ami.

Les serrer fort, fort.
Laisser couler mes larmes.
Et leur dire :

« Pardon. Je suis désolé. »

À ceux qui ont cru voir leur salut dans l’horreur, dans l’abomination du meurtre d’innocents. Sincèrement.

« Je suis désolé. »

Je suis désolé parce que la République, c’est un peu chacun de nous et c’est un peu moi aussi.

« Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. »

 Thomas Jefferson
Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique
1776

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